Dour Festival 2017 / Freaks, Gangsta Tunes & Drum’n'Grass – by Bosco

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Rupteurs au départ du 14ème Dour d’affilée pour Drumtabass. En 2004, on en était encore aux balbutiements, de notre relève des oldskool players de DTB , il y’avait déjà Pendulum & Hype ! Cette année sera la 29ème à se jouer sur La Plaine De La Machine à Feu. Un challenge excitant attend donc les organisateurs, l’année prochaine, près des éoliennes, pour les 30 ans du millésime. Qu’en était-il de l’échauffement et de cette session ?

Cinq jours placés sous une météo plus clémente. Pas de soleil brûlant dans les tentes, pas de chevilles brisées dans la gadoue. Naviguer de scène en scène par cette petite brise, un peu de poussière et ces 20 degrés, c’était la cerise sur le ghetto. Les allées de la miniville du camping teknival, pour ceux qui ont eu accès à ça, ont vibré et ne sont jamais tombées dans le coma.

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Mercredi, une vraie prog’, qui ne se contente pas de combler l’arrivée des campeurs et faire blinger le tiroir-caisse. DJ Vadim, qui n’attend pas que Big Red débarque, pour nous faire chalouper, sur le Dub Corner. Cette année à l’entrée du festival, la petite hacienda fait bien plaisir. Le DJ russe enveloppe ses grosses bass, de premiers vinyls de Skream comme Midnight Request Line & Blue Eyez . De très bon goût !

C’est ensuite durant MIA, que les premiers hipsters et lascars souriants de Vald tentent les premières attaques Le DJ rouquin mash up bien l’assemblée, les premiers baisers laissent des traces de sauce andalouse sur les joues, les mèches de cheveux colorés dandinent leurs adorables fesses, sur « Bad Girls ». L’anglo-srilankaise assure le spectacle, grimpe sur les reliefs de la Last Arena, tombe la fourrure mais laisse souvent le public chanter à sa place. Mia Figue Mia Raisin.

Le visage aquilin de Toddla T termine sous des vagues de jupiler renversées, en offrant au chapiteau une sélection UK, mixée à la perfection. Pas de UK bass, moins de trap et garage, un angle drum’n'bass et jump up assumé, qui déroute un peu l’excellent MC DRS. On se souviendra des percus de « Tribes » de Chase & Status, dans des éclats de lumières rouge, qui auront bien échauffé le public, pour la raggatek un peu monotone du frenchy Vandal.

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La Baalzal a retrouvé son orientation et sa profondeur de 2015. On applaudit la grande roue futuriste, qui surplombe une scène conviviale, aux allures de Kourou, aérodrome de la musique électronique. Le démiurge One 87, à l’origine des soirées Star Warz de Gand, lance la fièvre junglist. Un set de haute volée, des vinyls deep et dark, mixés avec précision, par le Men In Black. Les bras s’agitent sur la conclusion UK- Dimension, qui fouette un public aux anges.

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Pictures by http://www.woutermaeckelberghe.com/

En évitant les entrechats de certaines casquettes capoeristes, le doucereux hollandais Lenzman, nous régale des dernières sorties Philly Blunt et V Recordings, comme « Serum, Paul T & Edward Oberon – Take My Breath Away », le suave « Open Page » ou la voix cajoleuse de MC Conrad sur le remix de « Soul Patrol« . Mention spéciale aux réglages de la régie sur ce show, qui nous ont permis de bien apprécier les subtilités jazzy et liquid des tracks.

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Konichi et Decimal Bass, d’Annix nous offrent un mix de festival, un peu sèchement parfois entrecoupé, mais bien costaud. Entre temps Bruxelles arrive, Bruxelles repart, c’est bien le patibulaire francilien Kaaris, qui surprend. A se demander, vu l’engouement du chapiteau, si les belges n’ont pas situé Sevran près de Charleroi, plutôt que dans le 93. « J’suis dans la cuisine, tu bouffes ce que j’te prépare » … « Je coupe, j’emballe et je bibi ». Kalash Criminel vient poser sa félonie d’albinos sur la fin du set, puis s’évade vers l’espace RCV, pour peut être négocier une émission radio avec la team Férarock.

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Le rythme s’accélère, l’ambiance vrille comme un bouchon de champagne, on croise de tout, entre les noodles qui volent, des masques de Dominique Strauss Kahn, un campeur déguisé en Sean Connery agité de hoquets, Goldie, pas dans le rôle du méchant de James Bond pour le coup. Le boss distille les tracks oldschool de son labo Metalheadz, navigue entre les morceaux d’Ulterior Motive et « I Adore You ». Andy C & MC Tonn Piper rehaussent encore plus le niveau. Un casqué visiblement fan du Vélodrome et de la Canebière, jumpe hardiment sur les pylones.

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Le DJ anglais livre un set époustouflant. Sur l’intro de « Dimension-Generator » viennent se greffer des enchaînements parfaits : on nous rappelle qui est le patron de la Nightlife. Les bass d’ « Heartbeat Loud » côtoient les dernière sorties du label RAM, « Bring It back – Tantrum Desire Remix » ou « The Prototypes – Electric », avec passage obligé vers le remix de « Prodigy-Voodoo People«  ou l’intro ravageuse de « Therapy » d’Original Sin, qui ravit femme et époux.

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Ambiance Mad Max pour finir la nuit, Hype & Hazard semblent se pourchasser, dans l’ère post-apocalyptique tracée Playaz. DJ Hype cisaille de scratchs sa performance, tandis qu’Hazard martelle un à un les coups de butoir qui font jumper les bassheadz : sur une nouvelle version de « Think Ya Bad » ou « Callide – Drop Bombs ». Les anecdotes fusent avec un danseur camélidé, bouche protégée de masque à gaz dans le public. MC Eksman débarque en vrillant au micro, invité surprise :« If you don’t want sex, get the fuck out of da bed, get the fuck out of da bed! » . On aurait pu avoir une version spéciale de Dour avec la tente, quand même !

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D’un point de vue général, beaucoup de rap d’un côté, de techno et dérivés électroniques, de l’autre. Cette année, Dour parie sur les soundsystems plutôt que les guitares, groupes et livebands. Alors du point de vue hip-hop, c’est plutôt un plaisir, la journée du vendredi emballe les fans de musique urbaine.

Mais on reste parfois cruellement sur sa faim : un ou deux riff de guitare ? Un pogo pour décuver avec des belges souriants ? Ou même lever les genoux sur un badman ragga ? C’est aussi l’éclectisme à Dour qui nous ravit. Il y’en a eu un peu moins dans le line-up de 2017, même si le standing du reste était affûté.

« Whisky never lies… » nous scande les sympathiques Little Simz, même si leur DJ est un peu accessoire dans ses moove. Le londonien Kano lui atteste que « No champagne, we don’t rave, No brandy, we don’t rave, No gyal dem, we don’t rave »Que de sourires et de pêche! Tous les coins de la scène sont occupés, l’anglais module sa voix, fait jumper les massives en choeur sur « This Is England »  et nous ressort même des chansons de ses mixtapes de 15 ans. Les saxophones ghetto de « Three Wheels Up »  finissent le taf et le live maîtrisé du rudeboy.

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Dans la pioche des bonne surprises, on ratisse avec la foule sur The  Underachievers, hip-hop façon street, sur de lourdes instrus. Nas, dans ses habits bordeaux de lumière, régale la Last Arena. « If I Ruled The World« , « The World Is Yours », « NY State of Mind »les anthems d‘Escobar s’égrainent dans un live très instrumental, qui détonne par rapport à certains concerts christiques des rappeurs américains.

Le set d’un des fondateurs et premiers samplers du dub, King Jammy est d’excellente facture, entre anthems connus et morceaux pour les fins connaisseurs.

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Aux lives de qualité, on peut cocher l’Outer Edges de Noisia. Malgré les caprices du son qui se disperse sur la Last Arena,  les cosmonautes nous mettent une belle volée. La setlist fait la part belle aux morceaux du dernier album. L’écran se couvre de tentacules sur « Tentacles », les trois démons encéphales retournent la fosse sur l’hymne « Mantra » ou l’ovni groovy « Collider« .  On croise un jovial et loquace belge, fier de nous montrer son t shirt Dour 1993, qui récapitule avec plaisir les line-ups du festival.

La nuit ne se terminera pas cette fois-ci, sur les Négresses Vertes, mais sur Shy FXqui nous plonge dans une ambiance London, East Side s’il vous plaît. Tout l’équipage lillois ou d’origine lilloise s’est donné le mot. A l’unanimité, le producteur aurait pu continuer à mixer encore cinq heures durant, entre « Raver », « Rock The Boat », le pull up de Kano ou le divin « Shot Down ». LE DJ live à conseiller, à tous les junglists de 7 à 77 ans, nous tient dans une galaxie de smiles et de drops, jusqu’au bout de la nuit.

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Samedi, après un convaincaint Murdock, on est cueillis par le jump up de Guv. 

Les visuels sont très réussis et bien débridés.  Le public l’est aussi, en mode canailles enragées, parfois le nez en sang, à la Freddy Krueger.

Quelques tracks pointus avec « Majistrate – Guillotine » ou « Decimal Bass- Betrayal« , sinon le king de Dubz Audio semble prendre un malin plaisir à rendre fou les festivaliers, avec des extraits 8 bits, qui donnent à toute cette saucée, une allure de bande-son de bugs d’ordinateurs Windows, qui plantent complètement sur Guv-Angles !

Les visages projetés sur les écrans nous informent de l’arrivée des derniers drumtabasseux, versions maturées à Gommegnies. La prestation plein d’élan et la disponibilité des artistes et de MC Skywalker régalent : une vraie interaction avec le public.

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On se sauve assez tôt pour faire un écart par les suisses Nostromo. On y recroise notre légionnaire ougandais, croisé il y’a quelques années en Wallonie. Celui-ci nous affirme que les helvètes sont responsables de l’indépendance du Congo Belge en 1960 et décide d’y aller de son moshpit, pendant la reprise finale de Napalm Death. Le batteur tient l’allure de ce cortège infernal, le chanteur beugle quand et où il faut : une grosse claque par cette meute deathmetal.

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Du côté du dub, King Earthquake n’a pas volé son nom et noie le chapiteau sous un séisme de bass. De La Soul, Timberland aux piedsrevigorent le public et fait même chanter un gamin déjà à l’aise au mic.

Les afrikaneers Die Antwoord épatent par leurs jongleries, gymnastiques douteuses et voix haut perchées, sur « Enter the Ninja ». La suite du show oscille vers des musiques façon gabber des Ardennes, du très plaisant donc. La fougue et les beats effrénés sont de sortie pour le Critical Showcase de Kasra, Emperor et Eneï, avec une préférence pour les parties de ce dernier.

Une fine pluie annonce l’intro de « Hive- Neo remix » et le début des hostilités pour DJ Friction. Cadence de dératé, le visage candide impressionne, perché entre les tours de son soundsystem. Les double drops (deux morceaux lancés successivement pour se chevaucher dans le mix) voire parfois triple se succèdent, avec une impression de maîtrise jamais perturbée, sur « Mk – Always Remix »  ou « While you Wait -Original Sin » . 

Pendant qu’il lance « Stand Up« , le DJ donne l’impression de pouvoir réussir une cuisson d’oeuf mollet, tout en cherchant le skeud qui va suivre. Un sosie de Moby découvre le style et nous informe être venu en équipe : un de ces lascars danse même dos tourné au public.

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Un peu sur les rotules après ces quatre jours, on rejoint notre havre de paix et écoutons de la tente un pêle-mêle de bpm joyeux, comme seul Dour sait en faire. De la colline, on saisit le fastueux cocktail frappé des Casual Gabbers, les notes doucereuses des Camo & Krooked  et les assauts bootlegs, jungle easylistening de Lefto.  

Rousseau aurait saisi sa plume, pour écrire une rêverie, Kurt Cobain sa guitare ou son fusil. Ravers modernes, nous prenons notre téléphone pour prendre des nouvelles : apparemment c’est DJ Hunee dans un style disco-techno qui était à retenir.

L’annulation de Nadia Rose fait grincer des dents, surtout que le Labo envoie du Patrick Sébastien pour faire diversion. On se dirige donc vers La Caverne, où nous attend la claque insolite du dimanche. Le duo Sleaford Mods semble tout droit sorti d’un pub britannique.

Un sosie de John Malkovitch à casquette, lance les trémolos de la boîte à rythmes, qui ne changeront pas de tout le morceau, pendant qu’il sirote sa bière. Un colossal mais sympathique meuble de vannes cockney et insultes envers l’état mis en place, cette bande-son minimaliste. Louche au possible le duo fait fuir mais charme, comme un épisode nocturne de Tracks.

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Talib Kweli & The Soul Rebels nous emmène enfin vers de l’instrumental. Une allure de chorale de cuivres de Baltimore, un gros flow ricain par-dessus, l’ensemble matche au possible.

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C’est dans la forêt de Bialowieza, entre la frontière de la Pologne et la Biélorussie, que pousse la fameuse herbe de bison, à l’origine de Zubrowka Bison Grass. Nous optons donc pour la vodka, pour rejoindre la Queen of Darkness, sortie des bois de l’Oural et de l’Ukraine : Miss K8.

Le set est très cutté : souvent la DJ nous coupe l’herbe sous le pied, après des intro prometteuses mais l’ambiance dantesque est grisante. Hadès semble être passé par l’accès VIP du festival, en rythmant le public sur la droite, de sa danse du haken.

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Autre antre du Tartare, Manu Le Malin conclue un Dour qu’il connait bien. Lourdes lignes de bass, fracas métalliques, on ne sait plus quand est-ce que ou si le morceau est même parti, mais dieu que c’est bon. A certains passages du set, l’old timer du hardcore français, abandonne les platines et vient jumper à côté des enceintes et haranguer la foule. Pass de cinq jours vers l’apocalypse.

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De l’autre côté, les techno addicts sont comblés par le set d’Adam Beyer, qui donne un accent berlinois à la Balzaal.

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L’année dernière le bambino Dour avait confirmé qu’il devenait une des places fortes des festivals européens. Cependant, le flux des festivaliers était parfois gênant et l’accès à certains espaces difficile. Cette édition aura infirmé cette tendance.

Franchir l’étape de gestion d’un festival à plus de 200 000 personnes, nous a semblé une réussite pour Dour. La circulation entre les scènes a été plus aboutie, on pouvait de nouveau changer de cap visuel et sonore, sans être coincés et rater un concert. Des découvertes charmantes, des réglages presque toujours au poil, sur les scènes afférentes à La Last Arena, on attend maintenant la trentième édition, avec un plaisir et une impatience non feinte. 

Bosco – www.drumtabass.com

Live Pictures from Paco & Mel (Drumtabass)

Pour finir …  <3  <— Hommage pour les concernés.

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