DTB Flavour #9 : Elisa Do Brasil

_DTB Flavour #9 Elisa Do Brasil

Elisa, bonjour, Drumtabass étant une association présente depuis 2002 , inutile de te dire que c’est un plaisir que tu aies accepté de jouer le jeu, pour cette DTB Flavour #9.

Bonsoir! Tu veux dire que vous êtes presque aussi vieux que moi? Enfin, certains d’entre vous? Tu sais le jeu … Le risque , le jeu … On va tous devenir des champions à force :)

Blague à part (parce que je sens qu’il va y avoir beaucoup de private jokes), je suis super contente de faire cette soirée avec vous, d’autant plus que je ne suis pas venue à Lille depuis une éternité … Et à force vous êtes un peu devenus ma petite famille du nord. Vous êtes un peu devenus mes compagnons de vie, de festival , vous m’avez redonné confiance en moi et redonné le goût de la fête et de la musique. C’est précieux. 

A-t-on vraiment besoin de te présenter au public Dnb Français ?

Bah écoute, oui! J’ai vu passer un grand nombre de « générations » de junglists et si je suis « connue » d’un public assez large, les jeunes me découvrent petit à petit, avec , souvent des a priori, plus ou moins justifiés. 

Surtout à Paris que j’ai un peu mis de côté à une certaine période parce que je ne m’y sentais pas à l’aise et je n’étais pas forcément en accord. Depuis quelques temps les choses ont changé ici, je me sens proche du public, j’ai des super retours et je rencontre les jeunes, échange, c’est génial. 

_DTB Flavour #9 Elisa Do Brasil

Tu as démocratisé le beat dnb dans l’Hexagone. 4 albums, des dates partout en Europe, une résidence qui résonne particulièrement dans les plus gros festivals Francais : le magnifique Astropolis, que tu affectionnes tant. Un Crew Forever, une famille même. Le tout ponctué d’une technique hors-pair derrières les decks. Dark mais avec le sourire.

Mon but a toujours été de démocratiser la musique que j’aime. Si on s’y prend bien on peut la faire comprendre à tout le monde. Donc je suis allée jouer dans tous types de lieux et festivals. 

Pour les albums, il y en a eu deux, et deux cd mixés, à lépoque il fallait demander des droits, pas de youtube ou de soundcloud pour écouter des mixs, ça a donc bien aidé .

Astropolis, une histoire d’amour depuis 20 ans, mon rendez-vous tant attendu de l’année. 

Quant à Forever, oui bien sûr, une grosse équipe , un long travail pour défendre notre vision de la drum. 

Le sourire … Bah oui quand tu fais ce que tu aimes ;)

Photo Elisa

Tout le monde ne le sait pas, mais tu as commencé « techno » dans le sens brut du terme, à squatter chez les Heretik, puis intégrer les Troubles Fête. Ce mouvement ne te manque-t-il pas ?

Ce mouvement me manque, bien sûr ,j’ai grandi en teuf, on attendait l’infoline la boule au ventre, les convois , les galères pour trouver la teuf, parfois à l’oreille, pas de gps à l’époque.C’est une famille, ma famille. Ce n’était pas toujours facile à l’époque j’étais très jeune mais on a vécu des trucs incroyables, dansé dans des lieus fous. Un espace de liberté. Des gens qui se mettent en quatre pour offrir une nuit de bonheur, des sound system de taré. Certains fabriquent des décors incroyables juste pour une nuit , à la main, loin des écrans de leds sans âme qu’on voit dans certains gros évènements. 

Les petits matins sous la couette au fond d’un camion avec les copines. Les tekos en camion du 1er mai en passant par Gruissant, la tcheck et la Hollande…. 

J’ai coupé pendant quelques années quand j’ai commencé à tourner par ce que je ne m’y retrouvais plus , que je galérais pour mixer au sein même de nos teufs, et je ne trouvais pas ma place, surtout avec la musique que j’avais choisie.

 J’y suis retournée il y a quelques années, j’en avais marre de ce qu’on essayait de « faire de moi », du système de l’industrie de la musique . Je ne prenais plus de plaisir aux platines et j’étais perdue musicalement. J’ai été acceillie à bras ouverts par les Ornorm, les Mst, les Kraken . J’ai retrouvé ma flamme grâce à eux. Mixer au petit matin en teuf est devenu un kif. Beaucoup de copains avec le sourire et la liberté de partir dans un voyage musical qu’on ne nous autorise pas vraiment ailleurs. C’est important de se souvenir d’où on vient et d’y revenir.

J’ai fait des bornes en voiture pour aller rejoindre les copains après mes dates. Mais je fatigue un peu , physiquement parlant. 

On dit souvent que les albums d’un artiste reflètent son évolution musicale. Qu’en penses-tu ?

Bah oui c’est un peu le principe… Un album c’est une histoire, ton histoire. C’est pour ça que c’est si difficile à faire, surtout quand on est en perpétuelle évolution . Je pourrais t’en parler pendant des heures … 

Sinon, à chaud, plutôt Paris ou Maubeuge ?

J’ai beaucoup de mal à garder mon sérieux là …     Bavay ? 

Sinon, Biarritz au printemps, Seignosse en été, Toulouse en automne, Paris la plupart du temps .

Tu vas et viens, comme la queue du chien, parmi events variés et festivals hétéroclites. Beaucoup de dates, de souvenirs… En aurais-tu un marquant à nous partager ?

Difficile de choisir, la nouvelle Calédonie, Mayotte, Outlook, Astropolis bien sûr, mon premier Rex, Dour, Sao Paulo … 

Fin 2019 arrive a grand pas, comment penses-tu débuter 2020 ? Des projets ?

Je ne vais pas te dire que je bosse sur un nouvel album, je dis ça depuis 10 ans. J’ai des idées de soirées , de lieux. Niveau studio, j’essaye de trouver le temps entre les dates, le yoga et les enfants mais ce n’est pas facile. Alors l’idée est de continuer à bosser, de progresser et de réussir, un jour, à sortir quelque chose qui me ressemble vraiment … 

On a souvent besoin de récupérer, entre deux sessions lives ou dans les bookings de tournée. Quel est ton plat préféré, en mode road-bus  ?

Pas facile de se nourrir en tournée … Spiruline, gingembre, tofu … Un ban mi ou une soupe pho , sans viande, of course … 

Ou une margarita , easy …. 

De Massive à Forever : deux époques, deux générations, toujours un même engouement. Comment décrirais-tu cette passion « 175 bpm » ?

Ce sont deux époques, des visions différentes de la musique .Massive était un rdv mensuel gratuit. On voulait démocratiser la drum, la faire découvrir à d’autres publics. On pouvait faire mixer les dj de toute la france, trouver des jeunes talents, se faire des kiffs en invitant des producteurs. J’étais plus jeune, moins consciente de certaines choses. Déjà à fond et super passionnée. 

Avec Forever ça n’a pas toujours été facile.On a fait un pacte, Laurent et moi ( Youthman), se donner la main pour quelque chose de plus grand que nous, en mettant de côté nos egos.Reconstruire ce qu’on avait commencé avec Massive. 

 Il a fallu monter une équipe, réapprendre à organiser, faire des choix musicaux engagés, sortir de ce qui se faisait à Paris, se faire un nouveau public. Le crew s’est monté petit à petit et nous avons façonné ensemble notre identité musicale, quitte à y laisser des plumes. Chacun a apporté sa touche, sa culture bass. 

On a moins de dates qu’à l’époque de Massive, impossible d’avoir des week-ends au Rex et plus l’énergie pour faire des mercredis.  On met tous beaucoup d’énergie dedans. On marche au coup de coeur. On va danser, écouter. On ne va pas chercher ce qui pourrait remplir ou marcher. Ce n’est pas notre but. On veut faire partager ce qui nous a touché à un moment ou un autre. On ne fait pas de marketing, on ne sort pas d’école de commerce. On n’a pas envie de devenir une boîte de prod . Et si c’était le cas nombreux d’entre nous iraient à l’encontre de leurs principes. Notre ligne directrice reste la même , nos choix artistiques guidés par nos découvertes. Défendre un mouvement, le porter. 

Ça ne veut pas dire qu’on ne veut pas grandir ou évoluer, juste qu’on ne veut pas de certains modèles. 

On est nombreux, d’âges très différents , c’est une force et parfois des problèmes. Mais au fond je crois qu’on est très soudés . Au bout de 6 ans chacun a trouvé sa place et chacun d’entre nous a la chance de pouvoir s’exprimer musicalement. Et je crois qu’on a réussi à changer un peu le visage de la drum à Paris , en tous cas on a réussi à proposer autre chose que ce qui se faisait. C’est notre plus grande victoire. 

Donc pour répondre à ta question, ce qui reste d’une époque à l’autre est l’énergie, la passion. Des projets auxquels je consacre presque tout mon temps.

Beaucoup de sorties cette année, parmi elles, quelle est ta track favorite de l’année 2019 ?

Tarantula remixé par Benny L … Oups on avait dit qu’on serait sérieux … 

Donc : Fracture , Give me love Feat Fox, le nouvel hymne Forever :) (ndlr: Que vous pouvez écouter ici  https://www.youtube.com/watch?v=2rdDVTkBL-U ) !

focus elisa

On l’a annoncé chez DTB, tu passes le 7 décembre, à la DrumTaBass Invites à la Gare Saint Sauveur à Lille , pour un mix exclusif de 2h. Dix ans après, as-tu hâte de (dé)fouler nos terres nordistes et les skankers lillois ?

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure j’ai hâte de venir. J’ai énormément de souvenirs à Lille, la Fiesta Latina, les Maisons Folie, les soirées avec Rom1 et Keutch … C’est long 10 ans il était temps :)

DTB invites

Un grand merci à toi de nous avoir accordé du temps pour cette petite interview. On est impatient de fêter avec toi tes 20 ans de carrière début décembre. 

Merci à vous :)

Une petite question pour DTB …. 

SEMI AUTOMATIC ? 

 

Allez bisous les copains <3

Musicalement