Glaston’Dour 2015

live report

live report

 

Une myriade de pures photos de tous ces concerts, également bientôt visibles sur www.ouikeed.com !  

 

Cinq jours de festival au programme cette année, avec l’ajout de concerts le mercredi, réservé aux acharnés qui s’arrachent les premières places du camping A. On a commencé encore plus tôt, en passant poser quelques pas devant les papys du funk de Kool & The Gang la veille, à Valenciennes.

 

MERCREDI 15 JUILLET

 

Jungle entame donc les hostilités, avec des cuivres à gogo moyennement groovy. SBTRKT réhausse le ton, de leurs nappes dubstep bien plaisantes. Mais c’est bien le duo 2 many dj’s, en forme olympique, qui va  enflammer le dancefloor. Des passages new wave, de l’electro bien sentie (« Poney Part 1 » de Vitalic, découvert pour beaucoup justement à Dour !) et même de la britpop défilent. Quelques hooligans de Chelsea, aux allures de vikings norvégiens, auraient préféré du Oasis que du Supergrass pour finir. Tant pis on optera pour la Jupiler.

 

LE SON DU MERCREDI :

 

Vitalic – Poney Part I : https://www.youtube.com/watch?v=4Fpj4YTyR-k

Supergrass – Alright : https://www.youtube.com/watch?v=fwjXgskUN50

New Order – Blue Monday : https://www.youtube.com/watch?v=FYH8DsU2WCk

 

dour

 

JEUDI 16 JUILLET

 

Le camping se réveille au son des cornes de brume des noctambules pas encore couchés. A Dour, on a mangé le coq et avec de la sauce andalouse. Quelques uns utilisent les pains hamburgers coriaces pour enfoncer les sardines de leurs tentes. Chacun s’échauffe à sa manière.

La première stupeur vient pour nous à la découverte du site, sur les bpm de Kasra. La scène Redbull Balzaal a mué. Plus proche du terril, la plaine à ciel ouvert, ornée de quatre énormes piliers de son, peut désormais accueillir 10 000 festivaliers. Le son est monumental, on circule aisément dans ce qui ressemble à un surréaliste temple drum’n’bass. Seuls les visuels un peu discount nous rappellent que c’est Redbull et non pas Blade Runner.

baalzaal

(Photo / Dour Festival Facebook)

Le back to back entre Maztek et Emperor prend les manettes. La claque se confirme : les réglages sont au poil. Le set bien catchy, nous confirme tout le bien qu’on pensait du jeune italien de Renegade Hardware. Les successions de Emperor sonnent un tantinet moins fluides, mais des tracks comme « Three Point Zero » déchaînent l’assemblée.

grande sc_ne

L’année dernière, on s’était plaint du jump up, servi jusqu’à l’indigestion. Après deux heures à avoir transpiré sur le dancefloor, la dark et le neurofunk se portent bien eux aussi. Le brésilien BTK, en feat avec Optiv, éclabousse de son groove, dans une sélection qui va piocher dans les vieux bacs à skeuds. La voix démoniaque de « Son of Nitrous » des Bad Company résonne encore dans le crépuscule.

ambiance 7

Place ensuite à l’auguste Omar Souleyman (alias Omar Foul’Neiman, pour un italien fan de tuning visiblement). Les gazelles ne sont pas de la partie, mais l’electro-raï de l’ovni syrien contamine la Petite Maison Dans la Prairie. Assaillie par les ravers en djellabah, la scène ressemble d’ailleurs plus au Petit Mariage Kabyle en Algérie pendant « Warni Warni ». Souk sous acides, le show de l’émir restera longtemps notre plus grosse impression du festival.

Le duo de Brighton à la mode des Prototypes nous sert un set sans surprises, où la bombe « Lights » tient une place de choix. KRS One se démène au mic, flow encore irréprochable malgré les années, jusqu’à  en faire grimper les thugs sur les pylones de la Boombox.

boombox

De nuit, la Balzaal devient un vrai fief, dédié au carnage des musiques électroniques.

Le duo des cadors Ed Rush & Optical embrase les anciens junglists comme les plus jeunes casquettes, avec des montées virales, sur le drop de « Collision » d’Audio ou autres « Chubrub ». Icicle, dans un style plus syncopé et moins dansant, nous casse un peu les jambes. Etat optimal, corps dévasté, pour mourir sous les crampes pendant le hardcore racé de Radium. Le français a mis au placard sa batterie de remixes pour revenir aux tunes qui décapent le parquet, ça tombe bien, la Cannibal Stage en a besoin…

LE SON DU JEUDI :

Emperor – Monolith : https://www.youtube.com/watch?v=IoQYLKY_1G0

Maztek – Three Point Zero : https://www.youtube.com/watch?v=7r33rYb_Hy0

Omar Souleyman – Warni Warni : https://www.youtube.com/watch?v=lVlgMEFu1PI

Bad Company – Son of Nitrous : https://www.youtube.com/watch?v=xH5ZgJVKFOk

The Prototypes – Lights : https://www.youtube.com/watch?v=o0-HicFSCxM

Audio – Collision : https://www.youtube.com/watch?v=4hEY7ef0VgQ

Ed Rush & Optical – Chubrub : https://www.youtube.com/watch?v=VdfHsyGizQ4

 

 

VENDREDI 17 JUILLET 

 

« Est-ce que quelqu’un m’entend ? Je serai tous les matins sur le terril à 11H ». Les SOS au mégaphone pleuvent sur le camping, mais il y a encore trop de bouteilles pleines pour pouvoir les jeter à la mer.

On démarre l’après-midi avec le « rap » versaillais du Klub Des Loosers qui aujourd’hui n’a pas volé son pseudo. Pour le coup et étant plutôt fans, Fuzati irrite et le liveband derrière semble sorti d’un ascenseur.

On se sauve vers la Cannibal pour le show des routards de Dour : Lofofora. Reuno a la niaque et vanne les slammeurs au poppers « ça va te faire te chier sur tes pompes, mon pote ». Les toulousains ont pris de la bouteille, mais en gardent dans le slip : ce sera massivement du gros punk et les nouveaux morceaux qui seront mis à l’honneur. Le groupe rend un hommage émouvant au chanteur de Parabellum et reprend « Le Port d’Amsterdam » dans une version keupon que Jacques Brel n’aurait sûrement pas renié, après avoir vomi. Pour notre 13ème  concert de Lofo, on ne boude pas notre plaisir sur les coups de tambour du « Fond et la Forme » et la double pédale de « Justice pour Tous ».

dour  3

Le superband Tony Allen Review est parfait pour profiter du coucher du soleil. Rêve éveillé d’entendre la voix de Damon Albarn chantonner, les yeux écarquillés comme un gamin derrière son piano. Plaisir de voir le frontman de Blur, vêtu de son plus beau polo briton, s’amuser à expérimenter de nouveaux sons jazz satinés. Le timbre légendaire d’Oxmo Puccino sur une version revisitée de « L’Enfant Seul » lance des vocations parmi les premiers rangs.

On change radicalement de registre avec le musclor Kaaris qui vient du « 9 … 3 » comme il s’acharne à nous le répéter. Certains aventureux tentent quand même de sniper le colosse avec une bouteille de Fanta. Kaaris oublie de débrancher le vocodeur pour saluer les belges. Mais on lui pardonne, nous on est venus pour sa poésie : « On te casse le cul // et on le répare ».

 kaaris

C2C jouent les orfèvres du turnablism, même si des bad boy des favelas de Lille préfèrent leurs projets solo. Passage éclair à Adam Beyer, tant la Balzaal prend des allures de bousculades du Titanic, avec la foule venue pour le techno.

c2C

La drum’n’bass, Subfocus ? Il t’en fait du gaspacho. L’anglais nous sert une bonne soupe assaisonnée, mais peu épicée, où ses tracks les plus liquid passent au moulin. Mais ce n’est pas pire que DJ Fresh, qui pour le coup est passé carrément du côté obscur. Bientôt dans les prochaines pubs Coca Cola !

subfocus

Le barbu métalleux de Pendulum tient ses promesses. Des morceaux des années 2000 comme « Blood Sugar » ou « Fasten Your Seatbelts » mettent un peu la fièvre.

La nuit se conclue en beauté, avec les caméléons de Noisia. On est toujours admiratifs de leur capacité à s’adapter aux courants musicaux. Après une période drum’n’bass bien sentie, une techno maîtrisée, les bataves nous servent un set complexe mais mixé divinement, où se côtoient trap, featurings avec Dope DOD notamment et accélérations nerveuses. « ça c’est encore Audio » me souffle un blond étrange, qui mime des coups de couteaux tout en jumpant.

 

LE SON DU VENDREDI :

 

Lofofora – Justice Pour Tous :  https://www.youtube.com/watch?v=_TYJWv2vatg

Lofofora – Amsterdam : https://www.youtube.com/watch?v=IzGSQKfA0Z4

Oxmo Puccino – L’Enfant Seul : https://www.youtube.com/watch?v=d40sUi3oW_o

Kaaris – Dès le départ : https://www.youtube.com/watch?v=7X5b76mdD84

Pendulum – Blood Sugar : https://www.youtube.com/watch?v=JM07HYSGVho

Pendulum – Fasten Your Seatbelts : https://www.youtube.com/watch?v=UINhE8L1yXg

Two Finger feat Noisia – Salah : https://www.youtube.com/watch?v=Krx2FT5dfBg

 

 

 

SAMEDI 18 JUILLET

 

Les batteries sont rechargées pour l’esclandre à venir, sur la Cannibal. Le frontman de Terror, actuellement malade, est remplacé par leur furibond bassiste. Le gueulard harangue le pit et arbitre les rixes entre bandes de Los Angeles (avec Terror) et gangs du Connecticut (avec Hatebreed ensuite). Les maillots de basket US sont de sortie, les air max vrillent dans les airs : deux claques grandioses et solennelles. Même si le timbre de voix est différent, le chanteur s’en sort bien et claque une prestation de haut vol, sur « Overcome » ou « Always the Hard Way », repris en chœur par le public furax. Même constat pour Hatebreed, en walkyries nocturnes, qui dérouillent encore tout sur le passage. Des visages se transforment dans le pogo, en headbangant furieusement sur « I Will Be Heard ».

Entre temps, le lutin de Playaz, Hazard, fait bien les choses. L’habileté aux decks est déconcertante. On s’éloigne parfois du jump up concis, pour virer vers des mutations trap ou neuro, dans un set plus subtil qu’il n’y parait. L’anglais met tout le monde d’accord sur l’agité « It’s spelled PIMP » de Modified Motion et lève un tourbillon de poussière avec sa dubplate « Darkside remix ».

drumtabasss

Le compte à rebours du logo Full Cycle lance l’un des shows les plus attendus : Roni Size Reprazent. Frissons pendant que l’anglais égraine une à une, les pires salves jungle de Bristol que tu as pu entendre de ta vie. Tentés de croire que c’était une fausse bonne idée de programmer la formation en chapiteau, le résultat est pourtant bluffant. Basse et violoncelle sur scène, se mêlent aux frasques électroniques du producteur. La voix suave d’Onalee sur « Lucky Pressure » allume des briquets. Dynamite catalyse les massive : « Dirty Riffs, Dirty Beats, Dirty samples », tu m’étonnes !

roni2    roni

Andy C prend le relais, en même temps qu’une pluie apocalyptique se déverse sur la Plaine de La Machine à Feu. Le magnat de RAM Records compresse les morceaux vocaux, avec une rapidité effarante. Les combos sont nickels mais on est un peu frustrés de n’entendre que bribes d’anthems comme « Airplane », au sacrifice de la technique. « Whipslap » de Dimension, met aux anges les milliers de ravers de la Balzaal, depuis quatre jours déjà.

Photo Axel Pics

(photo : Axel Pics)

On termine avec les rewinds et beats scratchés hip hop US de J Rocc, qui balance déjà du Snoop Doggy Dog et du DMX pour échauffer les trempés du ghetto pour dimanche.

 

LE SON DU SAMEDI :

Terror – Overcome : https://www.youtube.com/watch?v=HVJoSgQS4mY

Terror – Always the Hard Way : https://www.youtube.com/watch?v=XGR0jtA6NXg

Hatebreed – I Will Be Heard : https://www.youtube.com/watch?v=BG5N9nBsiE4

Roni Size Reprazent – Lucky Pressure : https://www.youtube.com/watch?v=zkWBrbAyNCU

Roni Size Reprazent – Dirty Beats : https://www.youtube.com/watch?v=Kb9HACLDTwk

Roni Size – Brown Paper Bag : https://www.youtube.com/watch?v=cwI0gbGEyuI

DJ Hazard – Darkside Remix  : https://www.youtube.com/watch?v=tsIbj0r0uQM

Modified Motion - t’s Spelled P.I.M.P. : https://www.youtube.com/watch?v=D02LpKAmvg4

Subfocus – Airplane : https://www.youtube.com/watch?v=dLDrqCgDVsE

Andy C – Heartbeat Loud VIP : https://www.youtube.com/watch?v=CizqApSwfjQ

Dimension – Whipslap : https://www.youtube.com/watch?v=-Y3COcranZQ

 

 

DIMANCHE 19 JUILLET

 

« Il paraît que Lauryn Hill a volé un rouleau de papier toilette  dans les douches, raison de son retard hier. »  Les scoops tombent ce matin.

 

Skepta n’est (encore) pas là, mais son brotha JME nous le fait vite oublier. Une demi-heure de set où l’anglais ne lâche pas le micro, pour une prestation grime énervée. Scuba déclenche les premiers pas chaloupés, sur sa techno UK obsédante. Nneka est à ranger aux côtés des gros moments live du festival. Le dimanche se transforme en périple de découvertes et de décibels différents. On se prend un peu trop pour les pionniers du Far West en misant sur La Muerte, palme du meilleur blaz du festival. Grand moment de solitude : un chanteur en toile de jute façon épouvantail, beugle sur du punk de motards.

ddub corner

Les cris mexicains sont encore dans les oreilles, pendant qu’on skanke à la Dub Corner sur le collectif Channel One, grand habitué des Tour & Taxi de Bruxelles. Hudson Mohawke nous ramène dans les bas-fonds de la trap londonienne, avec des beats lancinants mais terriblement efficaces, petits pas sur « Chimes » en écho.

 snoop 2   snoop dog

On prend les devants pour avoir une bonne place pour la tête d’affiche, Snoop Dogg. La tête de doberman préférée du hip-hop glisse un à un tous ses tubes, revisitant aux passages toutes ses mutations, du Dog au Lion, en passant par le funk de Snoopzilla, sans une once de playback. Ce soir, les yeux rouges (de larmes bien sûr), c’est Snoop Karmeliet qui fait le show. Comme n’importe quel festivalier lambda, Snoop s’amuse, frétille en se frottant aux derrières de ses caniches siliconés et fait plaisir à voir. Comme tout bon douriste, il n’a pas toujours bon goût et s’éclipse, au moins sans n’avoir rien pris dans ta tente, sur un misérable morceau de Bob Marley. Inimitable.

snop4

Les doux cinglés de Salut C’est Cool nous donnent des leçons de cuisine, sur du gros son techno : « Comment faire une bonne purée, putain ?! Dour, quel est votre secret ? ». Moi c’est les calamars délicieux du stand food. La bouffe des gangsta, mon pote. On kiffe même les hipsters pendant ce concert. On termine cette édition avec le breakcore live de Vandal et la came berlinoise de Marcel Dettmann, faute d’avoir réussi à se démultiplier dans le plateau techno très riche cette année.

 

 

LE SON DU DIMANCHE :

JME – If You Don’t Know :  https://www.youtube.com/watch?v=vavAaFUPVp0

Nneka – Heartbeat : https://www.youtube.com/watch?v=yrcJuUDmbXU

Hudson Mohawke - Chimes :  https://www.youtube.com/watch?v=k_MWuP2Qj7U

Snoop Dog – What’s My Name : https://www.youtube.com/watch?v=-hIjgofcuWU

Snoopzilla – Do My Thang: https://www.youtube.com/watch?v=TCG366PW4mc

La Muerte – Lucifer Sam : https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Oc8WUsbB0-8

Salut C’est Cool – La Purée : https://www.youtube.com/watch?v=Hl1thnPla7E

 

 

dourr

 

Un sentiment est plus frappant que les années précédentes : celui de communion entre les festivaliers. A certains égards, même dans la boue, l’esprit festif  et le cadre du festival rappellent de glorieux aînés comme le Glastonbury.

Pendant ces cinq jours, aux hasards des chemins, on a croisé des bordelais fans de techno qui ne nous ont pas pris pour des néophytes, tout comme des rappeurs en béquilles déguisés en DMX, vêtus de t shirts « Ce sera toujours mieux que ton t shirt Wu Tang ». On a tapé la discute avec des écossais, aussi exigeants sur le dub qu’incollables sur Ninja Tune et le stoner.

On a dansé sur des DJ calibrés et partagé des performances d’artistes inspirées. Mais certainement pas de pipe à crack, ni de téléphones qui prennent des selfies, au lieu de profiter des concerts, comme au Pays de Demain. Dour incarne plus que jamais la variété et le mélange, dans le paysage des festivals européens. Les journalistes qui s’évertuent à en faire une « zone de non-droit » comme on a pu le lire, n’ont certainement pas engagé la conversation avec un seul des festivaliers.

Au bilan de cette édition 2015, Dour est resté fidèle à sa carte et son pari : proposer toujours plus de groupes, balayant toujours plus de spectres musicaux, en offrant encore davantage d’expériences musicales (comme cette année la révolution hypnotique de la Balzaal).

Bosco / www.drumtabass.com

drumtabass