Reportage Dour Festival 2014

Jeudi 17 juillet

Après s’être débattu avec la tente, on chausse les Rayban car oui le soleil est là. Le camping est envahi par des créatures reptiliennes en bikini, pas de Gadour cette année ?! Les punks franchouillards de Tagada Jones feront office d’apéritif. La pêche est là, le retour sur la voix un peu moins. Tout ou presque est prétexte à pogo. On migre doucement vers la Balzaal où System D, premiers souvenirs d&b à Dour, puis Icicle s’affairent. Bonne surprise avec un set jonglant entre footwork et passages jungle. Les choses sérieuses commencent avec le concert de Soulfly. Crasse à tout va, percus tribales, échauffourées réglées à l’arrosage au ricard… Pas de lézard, on y est ! Max Cavalera s’en donne à cœur joie, revisite « Jumpdafuckup » et écrase le moshpit avec un rappel d’ « Eye for an Eye » bien rauque.

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Un homme étrange, voulant absolument me vendre ses lissages brésiliens, était visiblement là aussi il y’a dix ans.

La polémique de comptoir autour de la venue du groupe Detroit de Bertrand Cantat est sur toutes les lèvres. Certains piaffent d’impatience en réclamant un « bon jack ». D’autres mettent en garde les filles « Méfiez-vous, vos têtes sont moins solides que son ampli. ». Mais force est d’avouer que le puncheur bordelais a une prestance scénique saisissante. Le très cliché « Le vent l’emportera », ainsi que nombreux de ses anciens tubes, scandés au coucher du soleil, imbibent l’esprit et amènent une émotion surprenante.

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Soufly – Jumpdafuckup : https://www.youtube.com/watch?v=QNCiiEDx39E

Soulfly- Eye for An Eye : https://www.youtube.com/watch?v=oswtp2151ec

 

Le « legendary » DJ Hype envoie la sauce dans les premières notes de la nuit. Le drapeau breton virevolte sous les bpm des nouvelles tueries à sortir sur Playaz comme « Bricks don’t roll ». Goldie se rappelle également aux « têtes de métal » avec un set maîtrisé. Quelques têtes, qui sonnent plutôt creux, n’ont toujours pas redescendu de la coupe du monde : « Mais tu ressembles à Klose. » « Fiche moi la paix, je n’étais pas né en 98. »  Goldie, lui sortait « Unkle ».

Audio ne boude pas son plaisir et envoie dans les cordes pour le dernier round. « Point of No Return » assaille les premiers rangs béats, qui galopent furieusement, avant de lever les bras sur le plus récent « Half Light ». Cocktail cervical/vocal détonnant ! L’aube arrive sur le set de Chris Liebing, qui ne fait pas que de la soupe et quelques sons trap, qui font encore débat (« c’est la musique des Chti’s à Hollywood, meuf ! »).

Hazard – Bricks don’t roll : https://www.youtube.com/watch?v=EIv4_pFqS80

Goldie – Unkle : https://www.youtube.com/watch?v=6GxjxrD0HEU

Audio – Half Light :  https://www.youtube.com/watch?v=gRkv1Y0TERw

Audio : Point of No Return : https://www.youtube.com/watch?v=dA0fgleI0Sc

 

VENDREDI 18 juillet :

Nos peaux de gecko se lézardent sous le soleil de plomb, à moins que ce soient juste les plombs, quand on voit certaines mâchoires de voisins. Ambiance sun et west coast, qui semble plaire à Raekwon. L’échappé du Wu Tang matraque son flow sur le sampler d’ « Ofra Haza – Im Nin ‘Alu », qui vire à la débandade avec le « Ante Up » de MOP ou le mythique storytelling « Casablanca ». Notre ami fan de hip hop a l’air d’avoir eu son jack. Comme Method Man, le natif de New York déboulonne plus en solo. On est moins conquis par King Shiloh. C’est aussi un coup bas d’avoir mis le Dub Corner à côté des auto-tamponnantes. Et un deuxième de ne pas prévenir que nous ne disposons pas des bons jetons. Voilà une auto qui ne tamponnera plus grand-chose.

 MOP – Ante Up :  https://www.youtube.com/watch?v=3MUGAxpI0Bc

Ofra Haza – Im Nin ‘Alu : https://www.youtube.com/watch?v=pkr1V9RZpi8 

Raekwon – Casablanca : https://www.youtube.com/watch?v=2_yiSH5auOg

 

Certains fakirs ont fait le déplacement pour l’allemand Gentleman. Son ragga orienté gal est plutôt efficace et on lève les genoux joyeusement avec un jeune effronté, dégoûté de ne pas avoir pu « rentrer sa guitare ». Il nous dira plus tard que c’est « dix verres de plus à ramasser que les Nuits Secrètes ici, pour une bière ». Une honte, assurément.

Gentleman –  Dem Gone : https://www.youtube.com/watch?v=NuOS2jb2WOg

Le concert de Nas prend des allures d’all star game. Sans 1m85 au garrot, dur de voir le ricain. La foule semble en tout cas conquise, tant le public s’étend au loin devant la Last Arena. TC reprend ensuite les commandes, dans un set mêlant beaucoup d’audace, hits dancefloor, comme « Get Down Low » et quelques ratés pardonnables. « Take you Higher » de Wilkinson semble déjà l’hymne baalzaalien.

La claque arrive avec le superband The Hard Way. Une étrange impression de malaise face à ce gigantisme de mauvais goût, mais aussi un sourire vicieux, qui se dessine sous les lasers. La formation est pourtant tout sauf espiègle. On verse dans le salace, la guitare résonne comme une scie circulaire, la batterie comme un fracas d’os séchés. Du hit « Fucking Nihilism », en traversant les reprises live de morceaux hardcore hollandais, cette sensation de froideur est poignante. La conclusion, étrange marche impériale, reprise par 300 belges tapant du pied, nous tranche la carotide.  Friction rappelle qui est le patron avec un show autoritaire. La tracklist tire un peu trop vers les années 2000 à mon goût mais le tout est cuté avec une classe indéniable.

TC – Get Down Low :    https://www.youtube.com/watch?v=pMBP0XzSNYg

Wilkinson – Take you Higher : https://www.youtube.com/watch?v=927lw0HBmHM

The Hard Way – Fucking Nihilism : https://www.youtube.com/watch?v=gchls_QwUt4

Vidéo de la fin du set de The Hard Way : https://www.youtube.com/watch?v=eI28Dkt7A7E&feature=youtu.be

(je ne détiens pas les droits de cette vidéo)

 

SAMEDI 19 juillet :

Des specimens étranges hantent le camping, comme ce festivalier avec un masque de Star Wars, en quête d’une pièce pour son vaisseau, pour rejoindre le Dominator (http://www.dominatorfestival.nl/).

Même si l’orage menace, Majistrate n’en a cure. Le caïd du jump up a troqué ses apparats habituels de pompier pour une tenue plus colorée. Un pompier pyromane car la sélection est clairement une incitation à l’attentat. « Butterfly Stroke » catalyse le dancefloor. Macky Gee nuit délibérément à ceux qui prônent le retour au calme. Le dentiste préféré des londoniens fait aller gaiement sa fraise, sur un jump up nevrosé et parfois autiste. Quelques déceptions cependant avec le remplacement de Hazard, qui fait les frais d’un raté d’avion, par Murdock et une impression générale de rendu live moins dense, lors de l’après-midi. Le NYHC reprend ensuite ses droits, avec deux gros shows de très haut niveau. La Cannibal Stage voit défiler Madball et Sick of It All, qui multiplient les stagediving. « Word up, tequila style… eat the worm, motherfucka », Cypress Hill sait y faire et nous emmène vers la nuit, à grands coups de cocktails grenadine.

Dans la nuit, certains visages reptiliens jugent que la sélection 2014 est « définitivement trop trap » et se muent eux-mêmes en trappeurs, en tendant des ficelles sur les chemins, pour piéger les douristes, qui ressortent des flaques de boue hilares.

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Notre zigoto est toujours dans les parages. Il nous explique qu’il a officié comme sniper au Zimbabwe.

Majistrate – Butterfly Stroke VIP : https://www.youtube.com/watch?v=7Z9lg7oEmSg

 Macky Gee – Wizard Foot : https://www.youtube.com/watch?v=orJZTD6OFB4

Cypress Hill – Tequila Sunrise : https://www.youtube.com/watch?v=QrWnH7cV_-c

DIMANCHE 20 juillet :

Le dimanche débute sous des horizons et un tempo plus low. OBF et Iration Steppas font le boulot, en passant… Ah, il me reste des jetons pour les auto-tamponnantes. Joey Bada$$ nous surprend agréablement, en servant un hip hop plein d’énergie, qui rattrape l’annulation de Tyler The Creator. La house un peu mièvre de Moodyman ne fait pas l’unanimité mais on se laisse porter, en écoutant patiemment des belges qui imitent l’accent écossais pour avoir un verre de whisky.

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Le coup de maître de l’organisation est de nous offrir une private Bangface, en plein cœur du dimanche soir. Comme à Londres ou Bruges, l’allégresse si atypique de ces joyeux foutoirs contamine tous les festivaliers. Les nappes skyzo de Ceephax Acid Crew esquissent le même smiley comblé que le maître de cérémonie Saint-Acid sur toute la Cannibal Stage. Les requins-marteaux gonflables volent sur les vrilles jungle de 2Bad Mice. Les visuels barrés se font l’écho des selecta Remarc et ses compères d’Amen All Stars. Successivement, on dépoussière les Renegade Snares et autres bombes Original Nuttah, en serpentant entre les tirs de pistolet à eau et les bulles. Notre pilote extraterrestre du camping nous reconnaît et revient du Dominator. Pour fêter ça, il s’emploie à briser des bûches avec les genoux sur le breakcore de Producer.

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Pics by Manza.

 

Ceephax Acid Crew  - Capsule In Space : https://www.youtube.com/watchv=klWZo7Nx4hw&index=5&list=PLADE466CB84E7B8F1

Omni Trio – Renegade Snares VIP :  http://youtu.be/3nbVsorrCEg

Shy FX – Original Nuttah : http://youtu.be/ACCDZlLLV0I

Remarc – Sound Murderer : http://www.youtube.com/watch?v=uhy_HLZxogs

 

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Après 10 ans en tant que festivalier, Dour reste toujours ce temple déconcertant de bonne humeur. Pendant quatre jours, la plaine devient un véritable vivier, qui fait place à toutes les musiques, à beaucoup de nouveaux talents et qui ne semble pas décidé à perdre ce cachet au fil des éditions. Le show et l’expérience ne se forgent pas seulement sur les scènes, mais aussi au cœur des allées du camping, théâtre de bien des scènes surréalistes. Récemment, le documentaire The Sound Of Belgium se faisait l’écho d’une scène musicale belge racée : « Tu vois, là, je peux te dire en deux secondes, si c’est un morceau belge ou non. » Indéniablement certains sourires hébétés, le lundi matin, ne se voient aussi uniquement qu’à Dour.

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